Rapport de la mission d’appui pour renforcer la résilience des territoires touchés par les inondations
Type de ressource
Description
À la demande du Premier ministre, une mission d’appui pour renforcer la résilience des territoires touchés par les inondations a été menée entre janvier 2024 et mai 2024 par des personnes de l'inspection générale de l’administration, de l'inspection générale de l'environnement et du
développement durable).
Cette mission a rendu son rapport le 17 mai 2024.
développement durable).
Cette mission a rendu son rapport le 17 mai 2024.
Fichier : 01547701_rapportpublie_cle5fc9233.pdf
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Actions proposées
Eléments du rapport liés à la Canche (en cours d'extraction)
“Le nord-ouest du département du Pas-de-Calais a subi, à partir du 18 octobre 2023, une vague de précipitations sans précédent, au regard des relevés effectués par Météo France depuis 1959. Il est tombé sur les collines du Boulonnais plus de 700 mm d’eau entre cette date et le début du mois de janvier, la première quinzaine de novembre voyant en particulier se succéder pratiquement sans transition quatre fortes perturbations atlantiques. Ce phénomène a provoqué des crues sur les bassins de l’Aa, de la Liane et de la Canche plus que centennales parfois, d’intensité très supérieure aux niveaux enregistrés lors des inondations du tournant du siècle, qui servaient de référence aux actions de prévention conduites depuis une vingtaines d’années. À titre d’illustration, le débit de l’Aa atteignit à Wizernes 90 m3 /s, contre 60 en 2002. Le phénomène s’est produit en deux vagues, durant la première quinzaine de novembre, puis début janvier, après des pluies intenses tombant sur des sols saturés. Au final, le territoire aura été marqué par des inondations par débordement, mais aussi des phénomènes majeurs de ruissellement sur les têtes de bassins et au pied des coteaux et, in fine, des remontées de nappes, celles-ci étant à leur niveau maximal.
Les espaces en cause sont très spécifiques. [...] La Canche se jette dans la Manche, elle aussi, via une plaine alluviale pour partie poldérisée depuis le XIXe siècle, et est très sensible aux variations de ses affluents de rive droite, descendant des collines de l’Artois
[...]
Le bassin versant de la Canche constitue un hydrosystème bien différent. Encaissée d’une cinquantaine de mètres dans les plateaux crayeux de l’Artois, la basse vallée de la Canche forme une vaste plaine alluviale humide régulièrement inondée dans le passé. Contrairement au delta de l’Aa, le drainage des marais est plus récent et remonte au début du XIXe, de même que la fixation du cours de Canche dont l’estuaire rappelle celui de la Somme, bien que les formes y soient moins marquées. Des syndicats d’assèchement (devenus aujourd’hui associations syndicales autorisées (ASA)) voient le jour au milieu du XIXe siècle avec pour mission l’aménagement hydraulique (voire la défense contre la mer par l’entretien des digues si leur périmètre inclut le littoral). Il faut cependant attendre les années 1970-1980 pour que les aménagements urbains et agricoles modifient en profondeur les territoires du bassin versant. Les espaces des bas-champs jusque-là régulièrement inondés ont été asséchés, le niveau des terrains agricoles a été relevé et les parcelles endiguées, parfois sans autorisation. Parallèlement, avec le développement de l’urbanisation, des ASA de propriétaires se sont constituées comme à la Madelaine ou à la Calloterie. Le rôle de ces structures, chargées de l’entretien des fossés, se pose de plus en plus, les propriétaires n’étant pas toujours au fait de leurs obligations. Celle de la Madeleine a d’ailleurs été dissoute (voir carte des ASA en annexe 3).
Enfin dans la vallée de la Canche, la population et la densité de la commune de la
Calloterie (63,2 habitants/km² en 2020) ont quasiment doublé entre 1968 et 2020. La comparaison
des cartes IGN de 1950 et 2021 montre bien que cette densification s’est faite par occupation des
zones humides (Figure 3)
Dans le Boulonnais et en partie dans le bassin versant de la Canche, le bocage et l’élevage associé
disparaissent progressivement au profit de productions plus intensives, souvent à forte valeur
ajoutée au demeurant.
[...]
Les précipitations exceptionnelles de novembre 2023 et, dans une moindre mesure, de janvier
2024, ont induit à des inondations par ruissellement et débordement des cours d’eau. Les
contextes géologiques, géomorphologiques et anthropiques ont joué sur la forme et la durée des
crues. Le rôle des nappes d’eau souterraines ne doit pas être exclu sur l’ensemble des secteurs
concernés, même si leur contribution, qui reste à quantifier, est certainement variable selon les
bassins et probablement plus importante dans les secteurs crayeux (Canche, amont du delta de
l’Aa, Haute Lys). La situation actuelle de nappes d’eau souterraine avec des niveaux qualifiés de
hauts à très hauts pourrait conditionner en partie la cinétique de nouvelles crues si de nouveaux
épisodes pluvieux majeurs et/ou continus survenaient dans les prochains mois.
“Le nord-ouest du département du Pas-de-Calais a subi, à partir du 18 octobre 2023, une vague de précipitations sans précédent, au regard des relevés effectués par Météo France depuis 1959. Il est tombé sur les collines du Boulonnais plus de 700 mm d’eau entre cette date et le début du mois de janvier, la première quinzaine de novembre voyant en particulier se succéder pratiquement sans transition quatre fortes perturbations atlantiques. Ce phénomène a provoqué des crues sur les bassins de l’Aa, de la Liane et de la Canche plus que centennales parfois, d’intensité très supérieure aux niveaux enregistrés lors des inondations du tournant du siècle, qui servaient de référence aux actions de prévention conduites depuis une vingtaines d’années. À titre d’illustration, le débit de l’Aa atteignit à Wizernes 90 m3 /s, contre 60 en 2002. Le phénomène s’est produit en deux vagues, durant la première quinzaine de novembre, puis début janvier, après des pluies intenses tombant sur des sols saturés. Au final, le territoire aura été marqué par des inondations par débordement, mais aussi des phénomènes majeurs de ruissellement sur les têtes de bassins et au pied des coteaux et, in fine, des remontées de nappes, celles-ci étant à leur niveau maximal.
Les espaces en cause sont très spécifiques. [...] La Canche se jette dans la Manche, elle aussi, via une plaine alluviale pour partie poldérisée depuis le XIXe siècle, et est très sensible aux variations de ses affluents de rive droite, descendant des collines de l’Artois
[...]
Le bassin versant de la Canche constitue un hydrosystème bien différent. Encaissée d’une cinquantaine de mètres dans les plateaux crayeux de l’Artois, la basse vallée de la Canche forme une vaste plaine alluviale humide régulièrement inondée dans le passé. Contrairement au delta de l’Aa, le drainage des marais est plus récent et remonte au début du XIXe, de même que la fixation du cours de Canche dont l’estuaire rappelle celui de la Somme, bien que les formes y soient moins marquées. Des syndicats d’assèchement (devenus aujourd’hui associations syndicales autorisées (ASA)) voient le jour au milieu du XIXe siècle avec pour mission l’aménagement hydraulique (voire la défense contre la mer par l’entretien des digues si leur périmètre inclut le littoral). Il faut cependant attendre les années 1970-1980 pour que les aménagements urbains et agricoles modifient en profondeur les territoires du bassin versant. Les espaces des bas-champs jusque-là régulièrement inondés ont été asséchés, le niveau des terrains agricoles a été relevé et les parcelles endiguées, parfois sans autorisation. Parallèlement, avec le développement de l’urbanisation, des ASA de propriétaires se sont constituées comme à la Madelaine ou à la Calloterie. Le rôle de ces structures, chargées de l’entretien des fossés, se pose de plus en plus, les propriétaires n’étant pas toujours au fait de leurs obligations. Celle de la Madeleine a d’ailleurs été dissoute (voir carte des ASA en annexe 3).
Enfin dans la vallée de la Canche, la population et la densité de la commune de la
Calloterie (63,2 habitants/km² en 2020) ont quasiment doublé entre 1968 et 2020. La comparaison
des cartes IGN de 1950 et 2021 montre bien que cette densification s’est faite par occupation des
zones humides (Figure 3)
Dans le Boulonnais et en partie dans le bassin versant de la Canche, le bocage et l’élevage associé
disparaissent progressivement au profit de productions plus intensives, souvent à forte valeur
ajoutée au demeurant.
[...]
Les précipitations exceptionnelles de novembre 2023 et, dans une moindre mesure, de janvier
2024, ont induit à des inondations par ruissellement et débordement des cours d’eau. Les
contextes géologiques, géomorphologiques et anthropiques ont joué sur la forme et la durée des
crues. Le rôle des nappes d’eau souterraines ne doit pas être exclu sur l’ensemble des secteurs
concernés, même si leur contribution, qui reste à quantifier, est certainement variable selon les
bassins et probablement plus importante dans les secteurs crayeux (Canche, amont du delta de
l’Aa, Haute Lys). La situation actuelle de nappes d’eau souterraine avec des niveaux qualifiés de
hauts à très hauts pourrait conditionner en partie la cinétique de nouvelles crues si de nouveaux
épisodes pluvieux majeurs et/ou continus survenaient dans les prochains mois.
